J’ai fait l’amour pour la première fois à 35 ans

J’ai fait l’amour pour la première fois à 35 ans

par Daphnie Charest, 9 février 2021

J’ai fait l’amour pour la première fois à 35 ans

J’ai été blessée. Over and over. Blessée par des hommes qui ne savaient pas comment faire, qui ne savaient pas comment aimer. De leurs mains de leurs hanches. Ils ne savaient pas. On ne peut pas les blâmer, personne ne leur a montré. Alors ils m’ont transpercé de leur envie et de leur désir, ils m’ont ensevelie sous leurs fantasmes. Ils m’ont pris pour un film porno. Et moi je voulais plaire, je voulais bien faire. Alors j’ai fait comme si. Comme si c’était de ça dont j’avais vraiment envie. De sexe comme à tivi.

Et j’ai pleuré en silence en relâchant nos corps usés. En ne sachant pas trop pourquoi. “Pourtant c’est comme ça que les autres font”, que je me disais. On en parlait entre filles; eh oui c’était comme ça qu’elles faisaient elles aussi. Alors j’ai continué à échanger de l’amour dilué. Et don’t get me wrong: j’en voulais moi aussi. Ça apaisait quelque chose en moi. Une reconnaissance, un semblant de connexion. Une performance réalisée. Un spectacle réussi, acclamé par un orgasme bien mérité. Une décharge d’énergie, un peu de chaleur dans une vie d’ennui. J’en voulais moi aussi.

La victime c’est qui? C’est nous. Nous tous qui n’avons pas appris. Victime de notre propre ignorance du sacré, de la profondeur de la Vie. Victime de notre manque de sensibilité, loin, très loin de notre innocence si précieuse, si vibrante.

Et puis je t’ai rencontré. Et on a fait l’amour, le vrai. Celui qui passe par les yeux et par la peau. À 35 ans je t’ai rencontré et j’ai compris. Mon corps a craqué, il s’est ouvert pour laisser tout passer. Tellement grand. La lumière s’est infiltrée dans les failles de mes blessures et je me suis laissée submergée par la tendresse, dans une confiance infinie.

Sans peur, sans frein. Tout naturellement je me suis laissée être, avec toi contre toi. Et j’ai compris ce que ça voulait dire de “faire l’amour”. Dans ton regard j’ai appris que ça pouvait être facile. Plus besoin d’arme ni d’armure. Fragile, enfin nue pour de vrai je t’ai laissé entrer dans mon royaume. Doucement, tu as accueilli ma vulnérabilité et moi la tienne.

Maintenant je sais que le preux chevalier existe dans la vraie vie. Pas comme le parfait de Walt Disney, mais comme celui que tu es; vrai, sincère, doux, puissant, sensible. Un homme qui prend le temps, qui prend le pouls; comment je me sens dans ma tête, dans mon coeur, dans mon ventre. Qui sait que le sexe sans connexion profonde est comme un fruit sans soleil.

Je te remercie profondément. Toi homme au coeur gigantesque. Toi qui sais que toutes les femmes gardent jalousement un petit jardin ensoleillé où la sensibilité est reine. Qui sait qu’un vent trop brusque pourrait briser les tendres fleurs qui y poussent, qu’une vague trop grande pourrait recouvrir à jamais ce paradis fragile. Alors tu prends le temps, avec fougue et douceur, d’humer chacune de ses fleurs, d’admirer toutes leurs couleurs, d’arroser de ton amour leur terreau précieux. Ensemble on s’est mis à nu, sauvagement et passionnément. On a compris la puissance d’être vulnérable et le courage de se prendre au complet, avec nos peurs et nos faiblesses, avec nos failles et nos peines.

Quand nos êtres tout entier se sont sentis acceptés, alors nos corps ont pu s’abandonner. On a laissé l’Amour entrer partout, passer partout. Être là, se regarder, se ressentir et s’aimer. Maintenant je comprends ce que c’est de faire l’amour.

À 35 ans, enfin.

Daphnie