Reprendre pouvoir sur mon corps de femme

Reprendre pouvoir sur mon corps de femme

par Daphnie Charest, 20 Septembre 2021

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Je suis allée chez l’acupunctrice la semaine dernière pour de l’insomnie saisonnière et de fil en aiguille, à l’ouverture de mon dossier et les 1008 questions qui viennent avec, la thérapeute a fini par m’amener là où j’avais besoin d’aller depuis vraiment, vraiment longtemps. Elle m’a pointé exactement là où ça faisait très mal et m’a forcé à regarder ce que je mettais en-dessous du tapis depuis tant d’années. La source de 90% de mes problèmes, un défi qui me talonne depuis que j’ai 12 ans: mes règles ultra-abondantes et les SPM vraiment désagréables. 

Une adolescence difficile pour le corps

Adolescente, je me rappelle être restée plusieurs fois couchée sur les dalles de céramique froides de la salle de bain, incapable de bouger à cause des douleurs tellement fortes dans le bas de mon ventre. En plus des crampes insupportables et d’un flux incroyablement élevé dans les premières journées de règles, la semaine précédent le début des menstruations étaient souvent accompagnée de maux de tête, de maux de coeur, d’insomnie et d’un sentiment général de tristesse, de déprime, d’irritation et parfois de désespoir. Avec les années, les douleurs physiques ne se sont pas atténuées, mais j’ai appris à vivre avec, notamment en créant une dissociation avec le bas de mon corps. J’ai inconsciemment entrainé mon esprit à ignorer les douleurs que je ressentais simplement pour pouvoir continuer à fonctionner “normalement”. À continuer d’aller à l’école, à interagir avec les autres, à travailler puis éventuellement à m’occuper de mon fils. C’est ce qu’une grande partie des humains font sans nécessairement s’en rendre compte: on se coupe des sensations d’une partie ou de la totalité de notre corps pour éviter de souffrir. Malheureusement, au long terme, de gros problèmes peuvent émerger si on ignore trop longtemps les signes que notre corps nous envoie.

Mon corps en manque de sang

Verdict: je fais de l’anémie. Mon corps est (beaucoup) en manque de sang ce qui explique le manque d’énergie, les maux de tête, l’anxiété, les acouphènes et l’insomnie et les problèmes de digestion. Bref une très grande partie de ce qui crée de la souffrance chez moi depuis ce qui semble toujours. Ça a soulagé quelque chose profondément à l’intérieur de moi de finalement prendre ce dossier en charge et de sentir que j’ai du pouvoir sur mon corps. Ma situation bien que chronique à cause de l’accumulation, de dizaines d’années à perdre une quantité immense de sang à tous les mois sans manger de viande (je suis majoritairement végétarienne depuis un peu moins de 20 ans), est soignable. Avec un changement dans mon alimentation, la prise de suppléments de fer et un suivi en acupuncture pour remettre les énergies aux bons endroits et retrouver un flux menstruel normal, tout devrait rentrer dans l’ordre.

Mon acupunctrice me suggère avec beaucoup de sagesse de prendre plus de temps pour moi, de manger de la viande rouge quelques fois par semaine (bio et éthique le plus possible!), de prendre des suppléments de fer et de me reposer, beaucoup.

Tout part de l’émotion

Ces nouvelles infos en main, prête à changer certaines de mes habitudes alimentaires et à reposer mon pauvre corps en manque d’amour, je me suis assise pour méditer. Depuis le début de mon parcours intérieur il y a une quinzaine d’années, là où j’ai décidé d’explorer toutes les dimensions de mon être pour me comprendre au complet, j’ai appris par l’expérience et la théorie que chaque “problème” ou inconfort physique a une source émotionnelle ou mentale. Je sais intuitivement que les problèmes que je rencontre avec mes règles trop abondantes (ménorragie) viennent d’une blessure de la partie féminine de mon être. J’avais quelques pistes rationnelles en tête, mais rien de précis: plutôt une douleur aiguë en lien avec mon rôle de femme.

Comme je le fais souvent, je me suis connectée à la Terre Mère puis déposée dans mon utérus et j’ai respiré à cet endroit pendant plusieurs dizaines de minutes. “Je t’aime, je suis là.”, que je lui disais. J’ai senti un grand relâchement. Quelque chose qui se sentait reconnu, entendu, soulagé d’être pris en charge. J’ai ressenti une grande détente et un calme profond. Bien relâchée et en état de disponibilité, j’ai entamé la méditation du Japa que je pratique quotidiennement. Cette pratique ancestrale consiste essentiellement à poser une intention claire et à manifester cette intention en la projetant à l’aide de sons. J’ai donc mis l’intention d’un corps en parfaite santé, toujours en portant mon attention sur mon bassin et ma matrice (utérus).

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Mes propres choix pour mon propre corps

​​Des visions, des messages ou des souvenirs se manifestent souvent lors de la méditation du Japa; celles de ce matin-là furent particulièrement significatives. Je me suis rappelée les jugements reçus par quelques personnes autour de moi concernant mon choix de me faire avorter. À l’époque, j’étais en couple avec un homme qui, je le savais profondément, ne pourrait pas être le père de mon enfant. J’étais déjà mère solo (littéralement sans père présent) et j’étais absolument terrifiée de recommencer cette expérience d’élever un enfant seule. D’être la mère, le père, le provider, l’éducatrice, la femme de ménage, la gestionnaire et tous les autres chapeaux que ça prend pour subvenir à un enfant dans un environnement sain. Malgré la culpabilité et la honte que je ressentais, j’ai décidé de ME choisir. J’ai fait le choix de l’avortement pour ma santé mentale et émotionnelle et aussi pour celle de mon fils qui endurait déjà parfois mes crises d’anxiété et mon épuisement chronique.

Dans la vraie vie, quand j’ai reçu les regards et commentaires de ces gens qui me jugeaient durement je me rappelle m’être reculée dans la honte et n’avoir rien répondu à leurs reproches. Une partie de moi acquiesçait, l’autre étouffait. Pour eux j’étais irresponsable et insouciante. Et une morale à l’intérieur de moi trouvait qu’ils avaient raison.

La révolte intérieure

Mais c’est l’autre partie de moi qui s’est manifestée lors de la méditation du Japa, ce matin-là. Celle qui voit l’autre côté de la médaille. C’est la partie de moi qui hurle à l’injustice à l’intérieur de mon ventre, qui est très en colère d’être vue comme la seule responsable d’une grossesse non planifiée. Et dans mon imaginaire, à ce moment-là ça s’est mis à crier: FUCK YOU. Aux hommes qui m’ont jugé, je leur ai crié que ça n’a jamais été leur problème à eux de prendre des anovulants chimiques qui leur brisent le corps après des années d’utilisation. Que ce ne sont pas eux qui ont à dégorger leur système d’une toxicité à l’estrogène à cause de trop d’années de produits chimiques ingérés non-stop pour éviter les grossesses. Et que ce n’est pas sur eux que retombe le blâme si jamais leurs têtards s’introduisent dans un de nos oeufs. C’est à nous, porteuses d’utérus, de vivre avec les conséquences de l’irresponsabilité et de l’incompétence de tout le monde. 

Dans mon imaginaire, j’ai prié aux femmes qui m’ont jugés de regarder leur vie, leur corps, leurs choix. Est-ce que tous les choix qu’elles ont fait étaient réellement pour elle ou pour leur mère, leur frère, leur curé ou un jugement moral établi par une société déconnectée de la réalité féminine?

Dans mon imaginaire, j’ai engueulé le médecin qui avait donné des anovulants à ma grand-mère à 65 ans, un peu au hasard sans trop connaître les effets à long terme de ces p’tites pilules magiques. Elle est décédée quelques années plus tard d’un cancer des ovaires. J’ai pleuré doucement.

Derrière toute cette colère se cachait une profonde tristesse de ne pas être comprise, entendue, accueillie. Cette rage était contenue dans mon utérus et, je le sais maintenant, elle contribue à ma condition chronique. Ces émotions enfouies se sont révélées sous le couvert d’une situation particulière, dans ce cas l’avortement, mais elles prennent leur origine d’une source beaucoup plus profonde dans mon inconscient, dans l’inconscient collectif: toutes les limites, les jugements, les injustices envers les femmes.

Toutes pour une et une pour toutes

Et bien que je ne croie pas que nous soyions victimes dans le bigger picture, que les hommes, les femmes, les médecins font tous de leur mieux et qu’il n’y a pas de méchant dans cette histoire (mais beaucoup de gens ignorants et blessés) il y a bel et bien des parties de moi qui se sentent victime de certains événements, de certains comportements. Et elles ont bien raison. Elles ont besoin, elles, d’être entendues, écoutées et aimées. C’est ça qui a de l’importance. Pas de savoir ce qui est vrai, faux, right or wrong, de savoir qui est le bourreau ou la victime. Mais c’est de voir à l’intérieur de nous ce qui a besoin d’être vu et d’être aimé.

Aussitôt ces éléments considérés en moi, aussitôt la colère et la tristesse relâchées par la mise en lumière de ce qui criait depuis trop longtemps à l’intérieur, quelque chose de magique s’est produit: mes règles en retard de 2 semaines ont commencées presque qu’instantanément. Pour moi, c’est le signe que le processus est bel et bien enclenché en moi, celui de la guérison de mon féminin sacré. Je m’engage à observer ce qui se présente à moi dans les prochaines semaines, dans les prochains mois concernant cet aspect de mon être et à aimer tout ça, profondément.

En me connectant à ma douleur, je me relie à celle de mes soeurs, femmes qui vivent de grosses injustices au goût de sang et de larmes. En accueillant ma souffrance, je sais que j’apaise aussi un peu plus celles de d’autres porteuses d’utérus qui vivent de grandes douleurs. Et en s’engageant dans le processus de guérison de notre féminin blessé, on aide aussi nos amies, nos soeurs, nos tantes, nos mères, nos sorcières à guérir leurs blessures profondes. Pour reprendre le pouvoir sur notre corps de femme, une prise de conscience à la fois.